CHAVANOL 2019

Les prémices de Chavanol

 Août 2019

 1969, 1970. Je découvrais le vélo. Pas la bicyclette ! Je parle du vélo, le sport !

A cette époque, le club des Randonneurs Saint-Chamonais ne proposait aucune organisation d'épreuve mais quelques jeunes hussards, Michel et Roger Ferret, Alain Poyet, Roger Vachon ou encore Michel Beysson cherchaient comment lâcher leur fougue.

Michel et Roger Ferret habitaient dans un des grands immeubles de la Croix-Berthaud, au pied de la montée de Chavanol. 6,5 km d'ascension assez difficiles jusqu'à la très modeste auberge du pittoresque Jean-Marie, ignare des bonnes pratiques en restauration traditionnelle et néanmoins hôte de bonne table. On savait toujours ce qu'on allait manger, puisque Jean-Marie ne connaissait ni changement de carte ni choix de menus mais cuisinait invariablement les mêmes produits, en toute saison, accommodés à sa façon pour régaler des clients qu'il pouvait  rudoyer parfois par son côté "rustique", volontiers bougon.

A cette époque, Jean-Marie était le Seigneur ébouriffé de Chavanol.

A Saint-Chamond, sa table était réputée et les associations se la disputaient pour des soupes aux choux ou des mâchons si toutefois Jean-Marie voulait bien les accueillir... Il pouvait avoir des caprices et des coquetteries d'étoile des fourneaux !

Michel et Roger habitaient donc au départ de cette montée et leur vint l'idée de faire de leur jardin cycliste le terrain d'une montée chronométrée. Encore faudrait-il convaincre Tony Meunier, le moment venu. En attendant sa sentence, qui serait aussi brève qu'irrévocable, ils imaginèrent de proposer des montées hebdomadaires, les mercredis en fin d'après-midi, pour lesquelles se regroupait une poignée de copains voulant en découdre sur la route conduisant au Maître de Chavanol.

Ces montées avaient des allures de compétitions masquées. Starter, chronométreur attitré en la personne de Michel Beysson, qui prenait même un temps intermédiaire à mi-pente, au lieu-dit de "L'Arbre mort", un chêne foudroyé faisant office de balise, devant lequel Michel, mi-goguenard et mi-solennel, nous aboyait un temps intermédiaire qui préfigurait notre performance ou notre détresse.

"Allez, allez ! 8'21" !".

Allez savoir pourquoi, j'ai imprimé dans ma mémoire ce temps de 8'21", sans doute fantasmé, comme si j'entendais et je voyais encore Michel le jeter précipitamment à notre passage.

"8'21 !"

Pas mal, nous tenions peut-être un bon temps, cette fois-ci !

Mais qui trouvait-on dans le maigre peloton venu s'étriper ? Michel et Roger Ferret, bien sûr mais aussi Alain Poyet, Mayu Troussel, Roger Vachon, Pierre Germani, Loulou Beysson, Fernand Gri, Pierre Chaudier, Georges Chaduc et quelques minots, Bernard Guyot, Luc Chaize, Georges Dissard. Parfois, Marcel Di Manno, s'il n'avait pas oublié le rendez-vous ! Mais jamais Jean Rebout, que l'épreuve rebutait.

Tous appuyés contre le mur, au croisement des routes de Grange-Roux et de Saint-Martin-en-Coailleux, aux ordres du chronomètre de Michel Beysson qui, dans le coup de feu, sautait aussitôt dans sa voiture pour aller se poster à l'Arbre mort, où il nous soufflait une première sentence.

"8'21" ! Allez, allez ! "

Après un échauffement souvent sommaire, ces grimpées en petit comité étaient une torture. C'est là que j'ai appris la souffrance physique sur le vélo. Dès le départ, la longue ligne droite conduisant à Saint-Martin nous mettait au supplice. Les cuisses brûlaient, les souffles s'emballaient, tout s'affolait et devenait douleur. Jambes, bras et épaules, dos et reins, tout entrait en transe. Saint-Martin nous laissait quelques secondes de répit, au passage de son église mais, aussitôt après, le combat contre la pente reprenait, féroce. Entre nous, c'était la bagarre des chiffonniers.

A l'Arbre mort, un premier verdict tombait donc par la voix de Michel, notre infaillible mouche du coche qui, sitôt le dernier passé, reprenait le volant pour rejoindre notre ligne d'arrivée et scruter malicieusement nos arrivées épuisées, nos sprints hirsutes, nos sursauts moribonds.

Michel faisait ensuite quelques commentaires techniques sur nos braquets, sur nos allures, sur notre gestion de l'effort. Puis chacun repartait chez soi, satisfait ou dépité, toujours fourbu avec, souvent, cette petite toux sèche qui ne vous lâche plus les bronches irritées.

Michel et Roger Ferret, avec Michel Beysson, préparèrent un projet, qu'ils présentèrent à Tony. Notre vieux druide accepta.

La Grimpée de Chavanol était née.

Quant à nos furieuses grimpées hebdomadaires, elles durèrent longtemps ! Presque 10 ans, puisque Bernard Soulier date les siennes entre 1975 et 1978, toujours avec le parrainage de Michel Ferret, scrupuleux scribe de ces années, de son écriture régulière et avec sa pointilleuse attention aux détails.

Georges Dissard

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